Exportations de pétrole brut du Canada : rétrospective des 30 dernières années

Entre 1990 et 2019, la valeur totale des exportations canadiennes de marchandises a presque quadruplé, passant de 151,8 milliards de dollars à 598,2 milliards de dollars. Pendant ces 30 années, la valeur des exportations de pétrole brut a été multiplié par plus de quinze fois, au point de représenter 14,1 % des exportations totales du Canada en 2019.

La Régie de l’énergie du Canada et Statistique Canada ont mis en commun leur expertise pour dresser un bilan de l’évolution des exportations de pétrole brut canadien au cours des 30 dernières années. Cette rétrospective met en lumière certains des facteurs qui ont influé sur l’évolution des exportations de pétrole brut canadien, ainsi que d’autres indicateurs clés, notamment leur incidence sur la balance commerciale canadienne, la production de pétrole brut et les investissements dans l’industrie.

La Régie de l’énergie du Canada et Statistique Canada collaborent depuis longtemps, en partageant des données, de l’information et leur expertise, en plus de fournir aux Canadiens des données de grande qualité et des analyses informatives sur les questions énergétiques.

Cette collaboration a permis d’améliorer à la fois l’uniformité des ensembles de données produits par chacun des organismes et la qualité globale des données. Un guide à l’intention des utilisateurs de données, intitulé Rapprochement des données de la Régie de l’énergie du Canada avec celles de Statistique Canada sur les exportations de pétrole brut, a été produit pour expliquer les différences de concepts et de méthodes applicables aux ensembles de données publiés par l’un et l’autre.

INCIDENCES DE LA COVID-19

La pandémie de COVID-19 a eu des répercussions profondes sur tous les aspects de la chaîne mondiale d’approvisionnement en pétrole et la consommation de pétrole. Les exportations canadiennes n’y ont pas échappé. Bien que nous présentions des données et une analyse pour 2020 dans la section « Aperçu préliminaire de 2020 » plus loin, la présente rétrospective porte principalement sur les années 1990 à 2019. Une analyse plus poussée sera nécessaire pour connaître l’ampleur de l’incidence de la pandémie de COVID-19 sur le secteur du pétrole brut.

Particule du virus de la COVID-19 suivie de graphiques linéaires et à barres représentant l’effondrement du marché.

Le rapport Avenir énergétique du Canada en 2020 de la Régie propose un examen plus détaillé des effets de la COVID-19 sur l’offre et la demande d’énergie au Canada.

Le Sommaire annuel des exportations de pétrole brut – 2020 de la Régie fournit un résumé général des exportations de pétrole brut à partir de données agrégées couvrant les cinq années précédentes. On y examine les volumes, les prix, les valeurs, les modes de transport et les destinations.

Par ailleurs, les aperçus du marché de la Régie s’attardent sur l’incidence de la pandémie sur divers éléments de la filière énergétique canadienne, dont le pétrole brut.

Pour sa part, le document de Statistique Canada intitulé Statistiques de l’énergie, décembre 2020 analyse les données sur l’énergie et fait une rétrospective de l’année, en plus d’analyser les effets de la COVID-19.

La revue annuelle du commerce international, aussi de Statistique Canada, renferme des données et des analyses sur le commerce international en 2020 et se penche sur les répercussions de la COVID-19 sur les exportations de brut du Canada.

Production de pétrole brut au Canada

Au cours des 30 dernières années, la production canadienne de pétrole brut* a augmenté à un rythme soutenu, d’abord sous l’impulsion du pétrole classique*, puis, ces 15 dernières années, sous celle des sables bitumineux*.

La production de pétrole brut au Canada a connu une forte croissance depuis 30 ans, passant de 1,7 million de barils par jour (« Mb/j ») en 1990 à 4,7 Mb/j en 2019. Les pétroles classique, léger et lourd, ainsi que les condensats*, ont accaparé la part du lion dans les années 1990 et au début des années 2000, puis la production à partir des gisements de sables bitumineux en Alberta est devenue la plus importante source de production au Canada à partir de 2009.

Figure 1 – Production annuelle de pétrole brut au Canada selon le type

Sources et Description

Sources : Régie, Production estimative de pétrole brut et d’équivalents au Canada

Description : Le graphique ci-dessus illustre la production annuelle de pétrole brut du Canada, de 1990 à 2019. On y constate qu’il existe cinq types de pétrole brut : le pétrole léger classique, le pétrole lourd classique, le bitume, les condensats et le pétrole synthétique. On y montre la production en milliers de barils par jour pendant la période de 30 ans, la croissance ayant été particulièrement forte pour le bitume et le pétrole synthétique de 2008 à 2019.

Volumes des exportations de pétrole brut

Les exportations canadiennes de pétrole brut ont quintuplé au cours pendant les 30 dernières années.

Figure 2 – Exportations annuelles de pétrole brut selon le type

Source et Description

Source : Résumé des exportations de pétrole brut de la Régie selon le type, système de suivi des produits de base, calculs de la Régie

Description : Le graphique ci-dessus présente les volumes annuels des exportations de pétrole brut du Canada, de 1990 à 2019. Il répertorie trois types de brut : le bitume dilué, le pétrole synthétique et le pétrole classique. Les exportations sont indiquées en milliers de barils par jour pendant la période de 30 ans. On y constate une croissance particulièrement forte du bitume dilué de 2002 à 2019.

De 1990 à 2019, les exportations canadiennes de pétrole ont augmenté à un taux annuel moyen de 6,2 %. Le bitume* est une substance très visqueuse et dense qui doit être chauffée pour s’écouler; il ne peut pas être transporté par pipeline sur de longues distances. Avant de vendre le bitume sur les marchés, on doit le valoriser pour en faire un pétrole brut plus léger (appelé pétrole brut synthétique*) ou le mélanger à des hydrocarbures plus légers (condensats*, naphte* ou pétrole brut synthétique). « Synbit » est le terme qu’on utilise pour désigner le bitume qui a été mélangé à du pétrole brut synthétique, tandis qu’un mélange de bitume et de condensat s’appelle « dilbit ». Puisque la production de condensats au Canada est insuffisante pour répondre à la demande de diluant pour les sables bitumineux, on doit en importer.

Les prix élevés du pétrole à la fin des années 2000 et au début des années 2010 ont favorisé une intensification de la production et des exportations de pétrole canadien. Cela a été particulièrement vrai de 2010 à 2015, années pendant lesquelles les exportations de pétrole lourd ont augmenté annuellement de 12,5 % en moyenne, principalement en raison de la croissance de la production tirée des sables bitumineux. Les exportations de pétrole léger ont aussi augmenté, mais dans une moindre mesure. De 2010 à 2015, les exportations de pétrole léger ont connu une hausse annuelle moyenne de 2,9 %, entraînées par la mise en valeur des ressources extracôtières à Terre-Neuve-et-Labrador, l’expansion de la valorisation des sables bitumineux et l’arrivée de nouvelles technologies pour la production de pétrole léger dans l’Ouest canadien.

Évolution des prix mondiaux du pétrole

Effets des prix mondiaux du pétrole sur la valeur des exportations de pétrole canadien.

Figure 3 – Événements marquants sur le marché du pétroleNote de bas de page 1,2,3

Source et Description

Source : U.S. Energy Information Administration, Spot Prices, Petroleum & Other Liquids (en anglais).

Description : Le graphique ci-dessus illustre le prix mensuel moyen du pétrole West Texas Intermediate (« WTI ») en dollars américains le baril, de 1990 à 2020. Le prix du WTI s’est maintenu dans une fourchette de 10 $ à 40 $ US le baril jusqu’à sa montée en flèche au milieu des années 2000, pour atteindre un sommet de plus de 130 $ le baril en 2008. Après une chute brusque autour de 40 $ à la fin de 2008, les prix se sont raffermis, surpassant parfois la barre des 100 $ jusque tard en 2014. De la fin de 2014 jusqu’en 2019, les prix se sont situés entre 30 $ et 75 $ le baril, puis sont descendus sous la barre des 20 $ au début de 2020 avant d’entamer une remontée et de s’établir entre 40 $ et 50 $ le baril quelques mois plus tard. Des événements importants (politiques, environnementaux, financiers, technologiques) qui se sont répercutés sur les prix du pétrole sont indiqués dans le graphique. Voici la liste de ces événements : invasion du Koweït par l’Iraq (1990); Sommet de la Terre à Rio (1992); crise financière en Asie (1997); Protocole de Kyoto (1997); réduction de 1,7 Mb/j de la production de l’OPEP; grève dans le secteur pétrolier au Venezuela (2002); début de la production commerciale avec le DGMV (2002); guerre de l’Iraq (2002); ouragans Katrina et Rita (2005); accumulation des pertes sur prêts hypothécaires à risque aux États-Unis (2006); Printemps arabe (2010); début de l’essor du pétrole de schiste aux États-Unis (2011); luttes de l’OPEP pour des parts de marché (2014); quota de l’OPEP inchangé (2014); Accord de Paris sur le climat (2015); Alliance de Vienne : réduction de 1,7 Mb/j de la production de l’OPEP (2016); sanctions contre l’Iran (2017); réduction de 1,2 Mb/j de la production de l’OPEP+ (2018); pandémie de COVID (2019); guerre de prix entre l’Arabie saoudite et la Russie (2019); entente de l’OPEP+ pour réduire la production de 9,7 Mb/j (2020).

Cric de pompe de bassin profond.

Source : Cenovus (en anglais)

Les prix du pétrole brut peuvent fluctuer grandement en fonction de nombreux événements liés à l’offre, au marché ou à la géopolitique dans le monde. Cela dit, comme pour d’autres produits de base, ils sont ultimement dictés par la dynamique de l’offre et de la demande ou par la perception que les intervenants sur le marché ont de l’une et de l’autre.

Le West Texas Intermediate* (« WTI ») est le pétrole brut non corrosif léger repère en Amérique du NordNote de bas de page 4 dont le prix est établi à Cushing, en Oklahoma. Puisque les États-Unis constituent le principal marché pour les pétroles bruts canadiens, leur prix est le plus souvent fondé sur celui du WTI. Le graphique ci dessus indique certains événements survenus au cours des 30 dernières années qui se sont répercutés sur les prix du pétrole en Amérique du Nord. Vu les événements exceptionnels de 2020, nous avons choisi d’inclure 2020 dans le graphique.

De 1990 à 2007, les prix ont augmenté considérablement et ont moins fluctué qu’au cours de la période qui a suivi. Avant 2008, la plus grande partie de l’offre mondiale de pétrole brut était constituée de pétrole brut classique. La hausse des prix s’explique en partie par le fait que les forages ciblant du pétrole classique ne parvenaient pas à produire assez de pétrole brut pour répondre à la demande croissante. L’arrivée, en 2008, de la fracturation hydraulique en plusieurs étapes et du forage horizontal a fait basculer le monde, d’une situation de pénurie de pétrole à une autre d’abondance.

À partir de cette année-là, les fluctuations des prix ont été plus fortes, notamment pour des raisons particulières à chaque marché et des événements géopolitiques.

Valeurs des exportations de pétrole brut

Ascension du pétrole brut au sommet des exportations canadiennes.

La valeur des exportations de pétrole brut du Canada a connu une hausse considérable au cours des 30 dernières années. Bien que l’augmentation des volumes exportés ait été constante au fil du temps, la fluctuation des prix à l’exportation a dicté, de façon générale, l’évolution observée de la valeur de ces exportations. Pendant les 30 dernières années, le brut a constamment figuré parmi les cinq principaux produits exportés du Canada, alternant souvent avec les voitures automobiles et les camions légers au premier rang.

En 1990, les exportations de pétrole brut totalisaient 5,5 milliards de dollars, soit 3,6 % de toutes les exportations canadiennes. À cette époque, le principal produit exporté par le Canada était les voitures automobiles et les camions légers (21,8 milliards de dollars, ou 14,3 % des exportations totales). En 2008, le pétrole brut a surpassé ceux-ci pour devenir le principal produit exporté du Canada. La valeur des exportations de pétrole brut a atteint un sommet de 92,6 milliards de dollars en 2014, soit 17,5 % des exportations totales. À la suite de baisses marquées en 2015 et d’autres en 2016, résultat d’une chute des prix à l’exportation, le pétrole brut a cédé sa position de tête et a été une fois de plus devancé par les voitures automobiles et les camions légers comme principal produit exporté du Canada. En 2017, la valeur des exportations de pétrole brut a recommencé à monter, et celui-ci est revenu au premier rang des exportations en 2018. En 2019, elle s’est chiffrée à 84,3 milliards de dollars, soit 14,1 % de toutes les exportations canadiennes.

Figure 4 – Valeur des exportations de pétrole brut canadien et de tous les autres produits

Source et Description

Source : Statistique Canada, tableau 12-10-0121-01, Commerce international de marchandises selon le produit, mensuel (x1 000 000).

Description : Le graphique ci-dessus illustre la valeur annuelle des exportations de pétrole brut canadien et de toutes les autres exportations, en millions de dollars, de 1990 à 2019. La croissance de la valeur des exportations de pétrole brut et de toutes les autres exportations est manifeste au cours de la période de 30 ans, et la part des exportations de pétrole brut dans les exportations totales a augmenté jusqu’en 2019.

Figure 5 – Principaux produits exportés du Canada en 1990 et en 2019

Source et Description

Source : Statistique Canada, tableau 12-10-0121-01, Commerce international de marchandises selon le produit, mensuel (x1 000 000).

Description : Le graphique interactif en anneau montre les principaux produits exportés par le Canada de 1990 à 2019. On y indique les valeurs en dollars canadiens et la part des exportations totales en pourcentage. Les produits indiqués sont classés par groupe selon le SCPAN. Les cinq principaux produits sont présentés, et un sixième groupe réunit tous les autres produits ensemble. La catégorie à laquelle appartiennent le pétrole brut et le bitume fait partie des cinq produits les plus exportés chaque année et occupe le premier rang à de nombreuses reprises durant la période à l’étude. En 1990, elle arrivait au cinquième rang, comptant pour 3,6 % des exportations totales, tandis qu’en 2019, elle occupait le sommet du classement et représentait 14,1 % des exportations totales.

Production et exportations constantes grâce à l’accroissement des investissements.

De façon générale, les investissements dans un projet donné dans le secteur pétrolier et gazier se font des années avant le début de la production; cela tient principalement à l’envergure des projets. Pendant la plus grande partie des 30 dernières années, l’accroissement des investissements dans le pétrole et le gaz a contribué à soutenir l’augmentation de la production de pétrole brut et de la valeur des exportations. Au fil du temps, de l’évolution de la technologie, de la hausse des prix du pétrole, les investissements dans les projets pétroliers et gaziers classiques ont diminué pour être dirigés vers des projets d’exploitation des sables bitumineux, où les actifs ont une durée de vie plus longue et produisent un meilleur rendement.

À la suite de fortes baisses des investissements et de la valeur des exportations en 2015 et 2016 (principalement en réaction à une chute abrupte des prix mondiaux du pétrole brut), la valeur des exportations a commencé à rebondir en 2017, contrairement aux investissements qui, eux, stagnaient. Les décisions d’investissement dans le pétrole et le gaz peuvent être influencées par des facteurs comme la fluctuation des prix, l’accès aux marchés, les contraintes de transport, les limites de production et les politiques climatiques. Il est vraisemblable de penser que ces facteurs ont influé sur l’évolution des investissements dans le pétrole et le gaz observée ces dernières années. Pendant ce temps, les volumes de production et la valeur des exportations ont été soutenus par des investissements faits dans le passé et une plus grande efficacité des sommes investies.

Figure 6 – Investissements dans le pétrole et le gaz, valeur des exportations de pétrole brut et volumes de production de pétrole brut

Source et Description

Source : Valeur des exportations de pétrole brut : Statistique Canada, tableau 12-10-0121-01, Commerce international de marchandises par classification des produits, mensuel (x1 000 000). Régie, Production estimative de pétrole brut et d’équivalents au Canada, Statistique Canada, tableau 36-10-0096-01, Flux et stocks de capital fixe non résidentiel, selon l’industrie et le type d’actif, Canada, provinces et territoires (x 1 000 000).

Description : Le graphique ci-dessus illustre les investissements annuels au Canada dans l’extraction du pétrole et du gaz classiques et non classiques ainsi que les exportations de pétrole brut et de bitume et la production de pétrole brut, de 1990 à 2019. Les exportations de pétrole brut et les investissements dans le secteur sont indiqués en millions de dollars canadiens sur l’axe de gauche, et la production, en milliers de mètres cubes sur l’axe de droite. La production de pétrole brut a augmenté de façon constante durant la période de 30 ans. Les exportations de pétrole brut et les investissements ont fluctué de façon parallèle de 1990 à 2016, avant d’emprunter des rythmes différents à la suite de la baisse des investissements et de l’augmentation des exportations en 2019.

Figure 7 – Investissements dans le pétrole et le gaz par rapport aux autres industries

Source et Description

Source : Statistique Canada, tableau 36-10-0096-01, Flux et stocks de capital fixe non résidentiel, selon l’industrie et le type d’actif, Canada, provinces et territoires (x 1 000 000).

Description : Le graphique ci-dessus illustre les investissements annuels au Canada dans l’extraction du pétrole et du gaz classiques et non classiques, les investissements dans toutes les autres industries et les investissements totaux pour l’ensemble des industries, de 1990 à 2019, en millions de dollars canadiens. Les courbes pour les trois séries de données étaient semblables jusqu’en 2016, moment où les investissements dans l’ensemble des industries et dans toutes les autres industries ont décroché et n’ont pas suivi la baisse de ceux dans le pétrole et le gaz classiques et non classiques.

Balance commerciale du Canada

La vigueur des exportations de pétrole brut à la rescousse de la balance commerciale du Canada.

Une Asiatique travaillant à un bureau à domicile pendant un appel Zoom.

La balance commerciale du Canada, c’est-à-dire la différence entre ses exportations et ses importations de biens calculée sur la base de la balance des paiements, est fortement influencée par les exportations de pétrole brut. En plus d’être un indicateur à part entière qui est suivi de près, la balance commerciale des biens agit directement sur d’autres indicateurs économiques plus larges, comme le compte courant et la balance internationale des paiements. La différence entre les exportations et les importations, après avoir pris en compte les variations de prix, contribue aussi à l’établissement du produit intérieur brut réel selon la méthode des dépenses.Note de bas de page 5

Au début des années 1990, on observait un écart relativement faible entre la valeur des exportations et des importations de pétrole brut du Canada, de sorte que ce produit n’influait guère sur la balance commerciale du pays. Au fil du temps, avec l’accélération de la croissance des exportations de pétrole brut, l’incidence de celles-ci sur la balance commerciale est devenue plus manifeste.

Dans les années 2010, la balance commerciale du Canada est passée d’excédents structurels à des déficits, les exportations canadiennes de marchandises tardant davantage à se rétablir de la crise financière mondiale que les importations. Malgré tout, en raison des importants excédents annuels découlant des exportations élevées et soutenues, le pétrole brut a contribué à éponger en partie le déficit global, alors que les soldes pour les autres produits continuaient de s’affaiblir. Les fortes variations de la balance commerciale pour le pétrole brut sont aussi manifestes dans la balance commerciale globale pendant cette période.

Figure 8 – Importations et exportations de pétrole brut et balance commerciale

Source et Description

Source : Statistique Canada, tableau 12-10-0121-01, Commerce international de marchandises par classification des produits, mensuel (x1 000 000).

Description : Le graphique ci-dessus donne une image des importations, des exportations et de la balance commerciale annuelles pour le pétrole brut du Canada, de 1990 à 2019, en milliards de dollars canadiens. Les importations et les exportations sont représentées par des lignes, et la balance commerciale, par des barres. De façon générale, la balance commerciale s’élargit avec le temps, à mesure que les exportations croissent de façon constante pour atteindre, dans les deux cas, un sommet en 2014. Après un recul en 2015 et en 2016, les exportations et la balance commerciale ont repris leur ascension. Pendant ce temps, les importations croissaient à un rythme plus lent, avant d’entreprendre un lent déclin depuis leur sommet de 2012.

Figure 9 – Balance commerciale pour le pétrole brut par rapport aux autres produits

Source et Description

Source : Statistique Canada, tableau 12-10-0121-01, Commerce international de marchandises par classification des produits, mensuel (x1 000 000).

Description : Le graphique ci-dessus illustre la balance commerciale annuelle du Canada pour le pétrole brut, la balance commerciale pour tous les autres produits et la balance commerciale totale, de 1990 à 2019, en milliards de dollars canadiens. On y constate un changement dans la balance commerciale totale, qui passe d’une situation d’excédent à une autre de déficit en 2008. Pendant que la balance commerciale de tous les autres produits basculait des excédents aux déficits, l’excédent commercial du pétrole brut s’est creusé durant la période de 30 ans à l’étude.

Aperçu préliminaire de 2020

La pandémie de COVID-19 a eu des répercussions profondes sur la production et les exportations canadiennes de pétrole brut.

La valeur des exportations de pétrole brut a diminué chaque mois au début de 2020 jusqu’à ce qu’elles atteignent un creux en avril (1,2 milliard de dollars), seuil inédit depuis 2002. Elle s’est rétablie chaque mois par la suite, en raison principalement du raffermissement des prix, sans toutefois revenir aux niveaux prépandémiques en décembre. Dans l’ensemble, la valeur des exportations de pétrole brut en 2020 a chuté de 40,1 % par rapport à l’année précédente. Les exportations de pétrole brut représentaient 9,6 % de la valeur totale des exportations en 2020, en baisse par rapport à 14,1 % l’année précédente; le pétrole brut est toutefois demeuré le principal produit exporté du Canada durant l’année.

Pendant ce temps, le recul de la valeur des exportations de pétrole brut a contribué à accroître le déficit commercial du Canada, qui a plus que doublé pour atteindre 37,5 milliards de dollars en 2020.

Figure 10 – Production, exportations et valeur des exportations de pétrole brut du Canada, de 2019 à 2020

Source et Description

Source : Valeur des exportations de pétrole brut : Statistique Canada, tableau 12-10-0121-01, Commerce international de marchandises par classification des produits, mensuel (x1 000 000). Production estimative de pétrole brut et d’équivalents au Canada, mensuel (en millions de barils par jour), calculs de la Régie.

Description : Le graphique ci-dessus illustre la production, les exportations et la valeur des exportations mensuelles de pétrole brut du Canada, de 2019 à 2020, La production et les exportations sont représentées par des barres, exprimées en millions de barils, sur l’axe de gauche. La valeur des exportations est illustrée par une ligne, exprimée en milliards de dollars, sur l’axe de droite. La valeur des exportations a connu une chute marquée entre décembre 2019 et avril 2020; on constate que la production et le volume des exportations de pétrole brut ont suivi la même tendance, mais avec un retard de quelques mois. On peut observer une tendance à la hausse constante pour toutes les valeurs au dernier trimestre de 2020.

Photo de gratte-ciel au centre-ville de Toronto.

À compter de mars 2020, les mesures de confinement découlant de la pandémie et les ordres de rester à la maison pour prévenir la propagation du coronavirus ont directement contribué à faire chuter la demande, à réduire l’activité économique et à rendre les prix de l’énergie très instables. La demande de pétrole a été particulièrement touchée par la diminution des déplacements et le ralentissement de l’économie.

Le prix mensuel moyen du WTI a périclité de 72 % par rapport à son niveau de décembre 2019 pour s’établir à 16,50 $ US le baril en avril 2020, son plus bas niveau en 21 ans. Cette chute spectaculaire est attribuable non seulement aux réductions de la demande liées à la pandémie, mais aussi au désaccord au sein de l’OPEP+ sur le maintien des réductions de production de 2,1 Mb/j convenues en septembre 2016 (en anglais). Il s’en est suivi une offre excédentaire sur les marchés pétroliers au moment même où la demande se contractait. Les prix ont à ce point chuté que les producteurs à l’échelle de la planète, y compris les producteurs canadiens, ont fortement réduit leurs activités.

Pour faire face à la faiblesse des prix, l’OPEP+ a accepté de réduire sa production de 9,7 Mb/j (en anglais) en mai 2020, la plus importante réduction de production de l’histoire, afin d’équilibrer les marchés pétroliers. Les prix du pétrole ont commencé à se raffermir en mai 2020, en raison, en partie, de ces réductions de production et de celles d’autres pays, comme le Canada et les États-Unis, mais aussi parce que des secteurs de l’économie mondiale ont commencé à se relever graduellement. À la fin de 2020, le prix mensuel moyen du WTI était revenu à 47,02 $ US le baril. Devant la remontée des prix du WTI, la production canadienne a recommencé à augmenter. Globalement, après une décennie de croissance, la production canadienne de pétrole brut a reculé de 4,5 % en 2020 pour s’établir à 4,5 Mb/j, son plus bas niveau depuis 2018.

L’incertitude dans l’industrie s’est aussi fait sentir dans les investissements. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les investissements mondiaux en amont en 2020 ne représentaient que le tiers de ceux prévus au début de l’année.

Pendant la plus grande partie des trois dernières décennies, le secteur du pétrole brut au Canada a beaucoup évolué, et le pétrole brut est demeuré l’un des produits les plus importants du Canada sur le plan de la valeur des exportations et de la balance commerciale. La demande et les prix mondiaux, les événements géopolitiques, les changements climatiques, la technologie et maintenant la pandémie de COVID-19 sont quelques-uns des facteurs qui ont eu des incidences marquées sur le secteur canadien du pétrole brut. La Régie et Statistique Canada continueront de surveiller les filières énergétiques canadiennes et d’en faire rapport pour tenir les Canadiens au courant des faits nouveaux dans ce secteur clé.

Accès aux données utilisées dans le présent rapport

Les données agrégées et créées pour ce rapport sont disponibles sous forme d’ensembles de données ouvertes téléchargeables à partir du site du gouvernement ouvert.

Annexe

Les données sur le pétrole brut ayant servi à la préparation du présent rapport proviennent de diverses sources de la Régie et de Statistique Canada. Il va de soi qu’il existe des différences dans les données de chacun des partenaires. À des fins conceptuelles et analytiques, nous utilisons la même définition de pétrole brut. Pour une comparaison complète des divers ensembles de données énumérés ci-dessous, veuillez consulter le document intitulé Rapprochement des données sur les exportations de pétrole brut de la Régie de l’énergie du Canada et de Statistique Canada.

  • Système de suivi des produits de base
  • Commerce international canadien de marchandises (CICM) – base douanière. Base de données sur le CICM et tableaux de données 12-10-0121, 12-10-0122, 12-10-0125, 12-10-0126 et 12 0 0128
  • Commerce international canadien de marchandises (CICM) – Base de la balance des paiements : tableaux de données 12-10-0121, 12-10-0122, 12-10-0125, 12-10-0126 et 12-10-0128
  • Approvisionnement et utilisation du pétrole brut et équivalent (tableau 25-10-0063-01)

La Régie définit ses catégories de pétrole dans son glossaire.

Les produits dont il est question dans l’analyse de la valeur des exportations plus haut sont définis à l’aide du Système de classification des produits de l’Amérique du Nord (SCPAN 2017), version 1.0 pour chaque groupe.

Dans les données sur les investissements, les industries sont définies à l’aide du Système de classification des industries de l’Amérique du Nord (SCIAN) 2017, version 2.0.

Les données sur les exportations par groupe du SCPAN sont disponibles dans le tableau 12-10-0121-01 de Statistique Canada. Les chiffres cités plus haut sont exprimés sur la base de la balance des paiements.

Le tableau 36-10-0096-01 de Statistique Canada renferme des données sur les investissements selon la catégorie du SCPAN. Les chiffres cités plus haut représentent un regroupement des catégories Extraction de pétrole et de gaz classiques et Extraction de pétrole non classique. Les données sont exprimées en prix courants.

Le tableau 25-10-0063-01 de Statistique Canada intitulé Approvisionnement et utilisation du pétrole brut et équivalent établit une distinction entre le brut produit « sur le terrain » et le brut produit « synthétiquement » par valorisation du bitume brut lourd. Dans l’ensemble, la production de pétrole brut comprend les pétroles bruts lourd, léger et moyen, le bitume brut et le brut synthétique.

Les prix mensuels moyens du WTI proviennent de l’Energy Information Administration (Spot Prices Crude Oil and Petroleum Products (en anglais)). La moyenne mensuelle est calculée par l’Administration à partir de ses données quotidiennes à partir d’une moyenne non pondérée des prix quotidiens de clôture au comptant pendant la période précisée.

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